Comment les personnes en situation de déficience visuelle se déplacent grâce à leur capacités sensorielles ?

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Découvrez comment les capacités sensorielles des personnes déficientes visuelles sont sollicitées pour pouvoir se déplacer en autonomie.

Transcription

Grégoire GUILLOT - instructeur de locomotion


Quand on se déplace en tant que voyant, on n’a pas besoin de faire attention, l’information arrive, elle est traitée. On n’a pas d’attention particulière à donner dans cette tâche. Pour une personne déficiente visuelle, justement, il va falloir qu’elle mette de l’attention au niveau auditif, au niveau du toucher avec ses pieds ou au bout de sa canne, doit faire attention aux voitures qui arrivent sur elles au niveau des carrefours, il y a plein de choses à faire.

Julien ZÉLÉLA, non-voyant

-Julien commente son déplacement-

Je sens qu’il y a le vent qui arrive différemment donc il y a un renfoncement à gauche.             

Sur le trajet ce qui est important c’est le fait de ressentir ou pas les masses. Par exemple quand j’arrive à un endroit où il y a un creux, ou il y a une entrée d’immeuble, comme un renfoncement ; on le sens parce que l’air arrive différemment, on sent qu’on approche d’ une poussée d’air, on sent qu’0il y a comme un vide.

-Julien commente son déplacement-

J’entends la circulation donc je sais qu’il y a des voitures qui arrivent de ma gauche, donc je sais que j’arrive à un carrefour, le trottoir n’est pas tout à fait tout droit donc je vais aller sur ma gauche.

Grégoire GUILLOT

La personne arrive sur un carrefour et doit mettre en place tout une procédure, donc elle doit analyser la forme du carrefour, le sens de circulation, elle va en déduire les trajectoires,  elle va en déduire d’où pourrait venir les dangers, donc savoir si c’est un feu ou un sans feu et à partir de là, elle va choisir une façon de traverser, et un moment de traversée.

Julien ZÉLÉLA

-Julien commente son déplacement-

Donc je sais que j’arrive à la traversée donc, pas de voitures derrière, ah si une voiture arrive. Je n’entends pas à droite, je sais que la traversée est en T. Je me repère par les bandes tactiles au sol que je ressens avec mes pieds que j’ai également détecté avec la canne car c’est un peu granulé au sol. Il n’y a pas de voitures, donc je peux y aller tranquillement. Je pars parce que je sais que ma boulangerie est à droite après ma traversée.

Grégoire GUILLOT

Prenons la technique de la ligne droite sur le trottoir. On pense que les personnes déficientes visuelles vont se mettre en ligne droite sur un trottoir en touchant la bordure ou en touchant le mur avec leur canne. En fait ce qu’on leur apprend c’est à se déplacer au milieu des trottoirs parce que c’est là où il y a le moins d’obstacles donc ils vont utiliser l’audition par le sens des masses  et écouter la circulation qui est sur leur droite ou sur leur gauche, ils vont en déduire un axe de déplacement, et ils vont marcher, parallèlement à cet axe de déplacement.

Julien ZÉLÉLA

Des fois on n’a pas envie de sortir parce qu’on a peur de l’extérieur.  Mais non, il faut sortir et à ce moment-là, on met tous nos sens en éveil pour nous permettre de circuler comme tout le monde. C’est un plaisir de sortir parce que quand bien même, être en difficulté, quand on veut être autonome, on va faire ses courses, on va faire les boutiques, assister à des concerts, au match. On vit comme tout le monde.

-Julien commente son déplacement-

Je sens l’odeur des viennoiseries sur le mur donc je prends mes repères pour trouver l’entrée. En même temps, j’écoute la rue qui est  face à moi, les voitures viennent de la gauche et de la droite.

Grégoire GUILLOT

Pour se déplacer il ne suffit pas d’avoir de la sensorialité et des techniques, il faut aussi comprendre son environnement c’est-à-dire qu’il faut l’analyser, se représenter son environnement, avoir de la concentration et surtout avoir de la mémoire. 

Julien ZÉLÉLA

-Julien commente son déplacement-

Ca sent vraiment la boulangerie donc on y est. Ca y’est, j’ai trouvé l’angle, je pourrai acheter mon petit sandwich !

On a tous les mêmes sens sauf que nous on les développe à 300%.

Grégoire GUILLOT

Donc sans la vue, la personne est obligée de mettre en place des compensations sensorielles, techniques, qui vont lui permettre d’être autonome et en sécurité par contre ça demande du temps et de l’apprentissage.